Le département de l’Aude est touché depuis 4 jours par un incendie considéré comme “historique” puisqu’il s’agit du pire incendie depuis au moins 50 ans sur le pourtour méditerranéen français, selon une base de données gouvernementale répertoriant les feux de forêt depuis 1973.

Un bilan déjà très lourden attendant le chiffrage des dommages

L’incendie a été fixé jeudi 7 août, mais plus de 2.000 soldats du feu restent mobilisés, secondés par plus de 200 gendarmes et appuyés par un dispositif aérien. L’incendie a parcouru 16.000 hectares de végétation en un peu plus de 48 heures, coûté la vie à une personne et fait 18 blessés, dont 16 pompiers. Le sinistre géant a aussi détruit ou endommagé 36 habitations et brûlé 54 véhicules. 2.000 personnes ont été évacuées.

L’heure est encore à la maîtrise totale du sinistre, le chiffrage des dommages publics et privés (et notamment agricoles et forestiers) afin de mobiliser assurances et dispositifs potentiels de solidarité (du niveau régional au niveau européen) reste à venir.

Face à cette situation dramatique, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen s’est dite prête mercredi 6 août à soutenir la France « Nous sommes prêts à mobiliser les ressources de rescEU pour soutenir les efforts visant à maîtriser les incendies ».

Que fait (ou que peut faire) l’Union européenne ?

de la prévention et la lutte contre les incendies

La Commission européenne a modernisé le mécanisme de protection civile de l’Union européenne et créé rescEU afin de mieux protéger les citoyens contre les catastrophes et de gérer les risques émergents. RescEU a été créé en tant que réserve stratégique de capacités et de stocks européens de réaction aux catastrophes, entièrement financée par l’UE. Ce dispositif comprend différents volets adaptés aux spécificités des catastrophes : flotte d’avions et d’hélicoptères de lutte contre les incendies, avion d’évacuation sanitaire, stocks essentiels, hôpitaux de campagne, moyens de transport, articles d’abri, fournitures médicales essentielles et de l’équipement pour répondre aux urgences chimiques, biologiques, radiologiques et nucléaires (CBRN).

Depuis plusieurs années, le mécanisme est souvent activé pour lutter contre les feux de forêt et les inondations en Europe, comme dans le reste du monde. RescEU a ainsi été activé en 2022 lors des incendies majeurs dans les Landes et des pompiers européens avaient prêté main-forte aux soldats du feu français. 

C’est à l’État membre, en situation d’urgence, d’activer le dispositif. Lorsqu’un État mobilise le mécanisme de protection civile, la Commission européenne envoie une note aux pays participants afin de savoir s’il leur est possible de venir en aide à l’Etat en difficulté (plus d’infos : ici).

Les États participants annoncent ensuite les moyens qu’ils sont en mesure d’apporter à l’Etat demandeur en utilisant le Système de communication et d’information d’urgence (CECIS). Le Centre de coordination de la réaction d’urgence, qui constitue le cœur du mécanisme de protection civile, se charge ensuite d’inventorier les moyens disponibles et de coordonner l’acheminement de l’aide mise à disposition.

Un graphique détaillant le fonctionnement du mécanisme européen de protection civile étape par étape a été publié par la Commission européenne

Le centre de coordination de la réaction d’urgence de l’UE suit également l’évolution des incendies de forêt à l’aide de systèmes d’alerte précoce tels que le système européen d’information sur les feux de forêt, tandis que le service Copernicus de cartographie satellitaire des situations d’urgence de l’UE complète les opérations en fournissant des informations détaillées basées sur des données satellites.

A ce jour, la France (la décision de solliciter le dispositif européen relève de la compétence du Ministère de l’Intérieur), n’a pas sollicité pour l’incendie de l’Aude la solidarité européenne, le Ministère considérant que « les moyens déployés sont pour l’instant adaptés au niveau de risque et à la situation » (source: réponse du Ministère au journal Le Parisien et à BFMTV).

au renforcement de la flotte européenne

Face à la multiplication de ces phénomènes extrêmes liés au changement climatique, la Commission européenne avant annoncé en 2023 que les capacités de la flotte européenne seraient doublées, afin de préparer la saison des incendies.

Depuis cette annonce, l’Union européenne a considérablement renforcé son Mécanisme de protection civile. En mars 2024, la Commission a débloqué 600 millions d’euros pour l’acquisition de 12 avions de lutte contre les incendies, qui seront stationnés dans six États membres (Croatie, France, Italie, Grèce, Portugal, Espagne). Quelques mois plus tard, en juillet 2024, un nouvel accord a marqué une étape importante avec la relance de la production de 12 avions Canadair. Deux d’entre eux sont destinés à la France, tandis que les livraisons, prévues à partir de 2028, permettront de remplacer des appareils vieillissants et de renforcer la capacité opérationnelle européenne.

Zoom sur le dispositif européen 2025 face au risque incendie

Afin de se préparer à l’augmentation du risque d’incendies de forêt au cours des prochains mois d’été, l’UE a constitué dès le mois de mai 2025 des équipes de pompiers et d’aéronefs pour aider les pays européens touchés par ces incendies. Afin de soutenir rapidement les services d’incendie locaux, en juillet et août, près de 650 pompiers originaires de 14 pays européens seront positionnés stratégiquement dans des lieux clés à haut risque en France, en Grèce, au Portugal et en Espagne. Ils viendront s’ajouter aux pompiers déjà présents dans chaque pays.

En outre, 22 avions et 4 hélicoptères de lutte contre les incendies seront stationnés dans 10 États membres pour intervenir en cas de besoin. Ces ressources, coordonnées et cofinancées par le mécanisme de protection civile de l’UE, contribueront à atténuer les risques et permettront une réaction plus rapide et plus énergique en cas de crise. Ces moyens viennent s’ajouter aux capacités nationales.

En outre, 19 équipes de lutte contre les incendies au sol, comptant chacune environ 30 pompiers, et une équipe de conseil et d’évaluation, sont prêtes à être mobilisées par l’UE en étroite collaboration avec les États membres et les États participants dans le cadre du mécanisme.

Une équipe de soutien spécifique dédiée aux incendies forêt sera mise en place au centre de coordination de la réaction d’urgence de l’UE, disponible 24 heures sur 24, pour surveiller les risques et analyser les données scientifiques.

Cette approche proactive confirme la volonté de l’UE d’avoir un temps d’avance sur les catastrophes, notamment celles aggravées par le changement climatique, et d’unir les forces pour protéger des vies, des habitations et l’environnement.

à l’aide à la réparation des dommages et l’aide à la reconstruction avec le FSUE

Une fois l’urgence passée, et les dommages évalués, l’État membre concerné peut, sous certaines conditions, solliciter le Fonds de solidarité de l’Union européenne (FSUE).

Le Fonds de solidarité de l’Union européenne permet à cette dernière d’apporter une aide effective à un État membre ou à un pays dont l’adhésion à l’Union est en cours de négociation lorsqu’il doit faire face aux dégâts provoqués par une catastrophe naturelle majeure ou aux conséquences résultant d’une urgence de santé publique majeure.

L’intervention du Fonds de solidarité prend la forme d’une subvention qui complète les dépenses de l’État bénéficiaire et sert à financer des mesures d’urgence de première nécessité et de remise en état visant à réparer des dégâts en principe non assurables. Les actions urgentes éligibles à une subvention sont les suivantes:

  • la remise en fonction immédiate des infrastructures et des équipements dans les domaines de l’énergie, de l’eau potable, des eaux usées, des télécommunications, des transports, des soins de santé et de l’enseignement;
  • la mise en œuvre de mesures provisoires d’hébergement et la prise en charge des services de secours destinés aux besoins de la population touchée;
  • la sécurisation immédiate des infrastructures de prévention et la protection du patrimoine culturel;
  • le nettoyage des zones sinistrées, y compris des zones naturelles;
  • l’assistance rapide, notamment médicale, à la population touchée par une urgence de santé publique majeure et la protection de la population contre le risque d’être touchée.

En général, le FSUE peut fournir une aide financière si l’ensemble des dommages directs causés par une catastrophe dépasse soit 3 milliards d’euros (aux prix de 2011), soit 0,6 % du revenu national brut (RNB) d’un pays de l’UE, si ce dernier est moins élevé.

Bien que l’attention du FSUE se porte sur les catastrophes majeures, une aide est également disponible pour des catastrophes régionales moindres, pour lesquelles le seuil d’éligibilité est de 1,5 % du produit intérieur brut (PIB) de la région, ou de 1 % pour une région ultrapériphérique.

Dans le cas de l’Aude, pour mobiliser le FSUE les dommages éligibles devront dépasser 1288,74 millions d’€ (cf, document Commission européenne).

Le pays touché doit présenter une demande auprès de la Commission européenne dans les douze semaines qui suivent la catastrophe. L’aide financière proposée par la Commission doit ensuite être approuvée par le Parlement européen et le Conseil.

sans oublier la politique de cohésion ou la politique de développement rural de l’Union européenne

L’Union européenne intervient également dans le champ de la lutte contre les incendies à travers la politique de cohésion et la politique de développement rural. Ainsi, le FEADER dans le cadre du volet régional Occitanie 2023-2027 finance des investissements de défense contre l’incendie (DFCI). Dans l’Aude, 5 dossiers ont déjà été programmés (366761€ FEADER) pour des coupures de combustible, des opérations de sylviculture préventive ou système de surveillance.