Ursula von der Leyen a prononcé, mercredi 16 septembre 2026, son sixième discours sur l’état de l’Union (“SOTEU”)

Reprenant en introduction la formule de Charles Dickens sur l’Europe au temps de la Révolution française «C’était le meilleur des temps, c’était le pire des temps», la Présidente a fait le parallèle à l’Europe d’aujourd’hui “notre Union n’a jamais été aussi forte. Mais notre Union peut aussi sembler plus précaire que jamais” annonçant ainsi le fil rouge de son intervention: “Le sort de l’Europe doit rester aux mains des Européens” avec une Europe “qui assure sa prospérité”, “plus que jamais à même de se défendre”, “qui fait front commun” et “qui agit pour les européens”.

Ursula von der Leyen a regretté que dans “un monde ouvertement hostile” et où les citoyens ressentent les effets des crises, les attaques (contre l’Europe) “proviennent parfois de l’extérieur, et trop souvent de l’intérieur” avant de fixer des priorités.

Donner un nouvel élan à l’économie européenne

Dans la suite logique des rapports Draghi et Letta, il est important d’achever avant la fin de l’année “la refonte historique du marché unique” sur la base de la feuille de route «Une Europe, un marché»: “il faut donner un coup d’accélérateur massif aux projets qui servent les intérêts stratégiques de l’Europe” en poursuivant la simplification administrative tout en soulignant que les Etats membres aussi doivent jouer le jeu avec un “pacte contre la surréglementation”.

L’Europe doit surtout assurer son indépendance et l’énergie est au cœur de celle-ci. Face à la dépendance de l’Europe aux combustibles fossiles importés, la présidente de la Commission a déclaré “Faisons de l’avenir de l’Europe un avenir électrique. C’est impératif“. Une évolution qui pourrait, selon elle, réduire de 260 milliards d’euros par an les importations de combustibles fossiles.

Il est également nécessaire pour Ursula von der Leyen d’assurer des conditions équitables pour les entreprises et de réduire la dépendance de l’UE sur les matières premières critiques vis-à-vis de la Chine. La présidente de la Commission veut donc établir une “Corporation européenne sur les matières premières critiques”, chargée de sécuriser les approvisionnements et de renforcer les réserves européennes (exemples cités : voitures électriques, semi-conducteurs et batteries, technologies propres et défense).

en se “dotant d’un budget moderne qui nécessite de nouvelles ressources propres

Pour un système bancaire “conçu pour la croissance, et pas uniquement pour la stabilité”, Ursula von der Leyen souhaite proposer “un nouveau paquet bancaire centré sur la simplification et la lutte contre la fragmentation” afin de “raviver l’esprit entrepreneurial de l’Europe”

et en relevant les défis du changement climatique et de l’IA “points de bascule de notre époque”

Affirmant que “l’Europe peut, doit et va maintenir le cap sur ses objectifs climatiques”, en combinant “choisir entre atténuation et adaptation” Ursula von der Leyen a annoncé la présentation d’un “cadre pour la résilience climatique”. Celui-ci doit permettre d’identifier les risques climatiques propres aux 100 territoires les plus vulnérables (chaleur, sécheresse, inondations…), de déterminer “le niveau auquel ils doivent être gérés” et d’accélérer les mesures d’adaptation locales … S’y ajouteraient une alliance pour l’assurance des risques climatiques, un plan européen contre les vagues de chaleur, une nouvelle initiative sur l’eau (pour également assurer pour notre sécurité alimentaire et des ressources en eau pour l’agriculture) et une future flotte européenne de lutte contre les incendies (pour laquelle les pompiers et intervenants d’urgence les plus expérimentés d’Europe dirigeront les travaux).

Si l”Europe doit “tirer le meilleur parti de l’intelligence artificielle pour améliorer notre société, notre qualité de vie et notre productivité” il est nécessaire de maîtriser les risques. En annonçant une hausse des capacités informatiques européennes et davantage de financements pour les entreprises du continent, la Présidente a insisté sur la nécessité de faire entrer l’IA dans “l’économie réelle”, avec des initiatives annoncées en novembre. Cinq secteurs sont ciblés : santé, transports, agroalimentaire, fabrication avancée, défense et espace avec l’objectif de développer les compétences, à améliorer la qualité des emplois en donnant à tous les travailleurs une chance équitable (annonce d’un acte législatif sur des emplois de qualité)

en consolidant le socle européen des droits sociaux (10ème anniversaire en 2027)

Ursula von der Leyen, déclarant “demeurer dans sa région n’est pas un privilège. Les soins ne sont pas un privilège. Le logement n’est pas un privilège. Ce sont des droits”, a annoncé “un pacte européen en matière de soins” et évoqué le récent règlement sur le logement abordable afin de résoudre les problèmes liés à la location à court terme et de lutter contre la spéculation immobilière. Evoquant la défense des égalités (traitement, chances, salariale), la Présidente a proclamé ” les femmes ne cèderont pas leur place. Nous défendrons nos droits. Et nous continuerons à nous battre
quotidiennement pour nos valeurs”.

en nouant de nouvelles alliances avec la proposition de faire du Canada le 1er “membre associé”

Face à la fracture du système international fondé sur des règles, “réinventer” les partenariats et construire de nouvelles coalitions constituent un choix stratégique pour l’Europe. Annonce marquante du SOTEU (avec la présence dans l’hémicycle de Mark Carney, Premier Ministre) , une main tendue au Canada qui pourrait devenir le 1er membre associé de l’UE. Ursula von der Leyen souhaite notamment faire évoluer le CETA, l’accord commercial UE-Canada signé en 2016, vers une “Alliance pour l’avenir”. Celle-ci couvrirait un champ beaucoup plus large, de la défense à l’Arctique, en passant par l’énergie, les matières premières critiques, les batteries, l’intelligence artificielle, le quantique ou encore la cybersécurité.

Renforcer la défense du continent 

Évoquant les récents incidents en Lituanie, au Danemark, ou en Pologne, attribués à la Russie, la présidente a rappelé l’omniprésence de menaces sur le territoire européen, qu’il s’agisse de sabotages, de cyberattaques ou d’incursions de drones. Pour y faire face, elle a notamment évoqué la mise en place d’une nouvelle stratégie européenne de sécurité et d’un mode d’emploi commun pour répondre aux attaques hybrides. 

Plusieurs annonces dans ce domaine par Ursula von der Leyen qui a assuré “L’Europe défendra chaque mètre carré de son territoire” : souhait d’instaurer instaurer un “article 4 européen” qui, sur le modèle du mécanisme prévu au sein de l’Otan, permettrait à un État membre confronté à une menace de réunir ses partenaires afin de coordonner une réponse, création d’un Conseil européen de sécurité associant certains partenaires de l’Union, ainsi qu’un nouvel instrument consacré aux capacités stratégiques communes, de la défense aérienne au cyberespace.

Dans le même temps, Ursula von der Leyen a réaffirmé le soutien européen à l’Ukraine, dont les habitants “se battent aussi pour notre liberté et notre droit à l’autodétermination“. Afin de limiter la dépendance à un fournisseur unique (après l’approbation récente de l’achat de missiles Patriot américains), l’Union entend développé avec Kiev le projet Freyja, un système européen de défense antimissile. La présidente a également promis un soutien humanitaire et énergétique accru pendant l’hiver et appelé à mieux faire respecter les sanctions déjà imposées à la Russie, plutôt qu’à en multiplier de nouvelles. Au Moyen-Orient, elle a qualifié d'”inacceptable” la poursuite du projet israélien de colonisation et réaffirmé son attachement à une solution à deux États.

mieux le protéger (migrations et réseaux sociaux)

Sur la migration, Ursula von der Leyen a défendu le pacte européen sur la migration et l’asile, entré en application le 12 juin en se félicitant de la baisse de 55 % des arrivées irrégulières ces deux dernières années. Évoquant la crise de Ceuta, la Commission devrait proposer un nouveau cadre européen de réaction d’urgence. Frontex et les systèmes d’alerte seraient aussi renforcés.

Autre annonce forte du SOTEU : une loi sur la protection des mineurs (EU Kids Act) pour les protéger face aux réseaux sociaux. Ceux-ci seraient interdits avant 13 ans, aucun compte personnel ne serait autorisé avant 15 ans et les plateformes devraient proposer une conception sécurisée pour les 15-18 ans. Ursula von der Leyen veut également inverser la charge de la preuve : ce serait désormais aux plateformes de démontrer qu’elles sont sûres.

et défendre le modèle démocratique européen

Face aux ingérences étrangères et à la désinformation, qualifiées par Mme von der Leyen de “guerre cognitive”, la Commission veut renforcer la capacité de l’UE à anticiper, détecter et contrer ces campagnes, en s’appuyant sur le Centre européen pour la résilience démocratique et en coordonnant davantage les moyens des États membres. Évoquant l’évolution favorable en Hongrie (“rien n’est inéluctable”), Ursula von der Leyen entend maintenir la pression budgétaire. “Le respect de l’état de droit et des droits fondamentaux est une condition sine qua non pour bénéficier des fonds de l’Union européenne”, a-t-elle rappelé. Un principe qu’elle souhaite voir renforcé dans le prochain budget européen.

Sur l’élargissement, la Commission proposera prochainement des feuilles de route pour les pays candidats les plus avancés. Le processus restera fondé sur le mérite : “le respect de nos valeurs est non négociable”, a insisté la présidente.

avec l’annonce d’un nouveau “Congrès de l’Europe” en 2027.

A la fin de son discours, rappelant que “Notre Union est née comme un projet de paix. Pour que notre passé tragique cède la place à un avenir commun pour les Européens”, Ursula von der Leyen a annoncé, à l’occasion des 70 ans du traité de Rome, en 2027, un nouveau Congrès de l’Europe, réunissant penseurs, artistes, scientifiques, citoyens et société civile pour réfléchir à l’avenir du continent et “reconquérir l’imaginaire européen”.

“N’oublions jamais la naissance de notre Union. Des peuples si longtemps en guerre se sont unis pour bâtir un destin commun. Un destin de paix et de prospérité, de démocratie et de liberté. Ils n’ont jamais écrit jusqu’où ce destin devait finalement nous conduire. Mais chaque génération a construit sur l’héritage de la précédente. Pas à pas. Pierre après pierre. Bien sûr, nos imperfections, notre diversité et nos différences demeurent. Mais c’est précisément ce qui fait de l’Europe notre Europe. Notre maison commune (…) Reprenons encore une fois notre avenir en main.”

Conclusions (prononcées en français) du discours d’Ursula von der Leyen (texte intégral à télécharger : ici)